Evo Morales nationalise les hydrocarbures boliviens

Publié le par a.a

Le président bolivien Evo Morales (gauche) a surpris tout le monde, lundi 1er mai, en lisant un décret qui procède à la nationalisation des hydrocarbures. "L'Etat récupère la propriété, la possession et le contrôle total et absolu de ses ressources", a-t-il annoncé. La compagnie nationale YPFB (Yacimientos Petroliferos Fiscales Bolivianos) "assume la commercialisation, définit les conditions, les volumes et les prix, tant pour le marché intérieur que pour l'exportation".

Le décret impose aux compagnies pétrolières étrangères opérant en Bolivie une nouvelle répartition des revenus, réservant une part de 82 % à l'Etat. La loi sur les hydrocarbures votée en mai 2005, sept mois avant l'avènement de M. Morales, avait porté à 50 % les taxes et royalties. Les multinationales disposent d'un délai de 180 jours pour s'adapter, à travers de nouveaux contrats.

L'annonce a été faite à San Alberto (département de Tarija), le plus grand puits du pays, exploité par Petrobras (Brésil) en association avec Repsol (Espagne) et Total (France).

Pour la circonstance, M. Morales a revêtu le casque des travailleurs d'YPFB. La mise en scène à forte portée symbolique a été accentuée par un déploiement de l'armée dans les installations pétrolières et gazières, destiné à réaffirmer la "souveraineté nationale". "Nous avons commencé à nationaliser les hydrocarbures, demain ce seront les mines, les forêts et toutes les ressources naturelles", a lancé le président bolivien, après avoir regagné La Paz.

Petrobras, Total et Repsol figurent en tête des 26 compagnies pétrolières étrangères présentes dans le pays. L'enjeu principal de la nationalisation est le gaz, dont la Bolivie détient la deuxième réserve d'Amérique du Sud, après le Venezuela. Le Brésil et l'Argentine sont les plus gros importateurs de gaz bolivien. Les Boliviens souhaitent porter le prix du gaz à 5 dollars le million de BTU (British Thermal Unit), l'unité de mesure de référence, alors qu'il est actuellement de 2,20 dollars.

Des négociations discrètes avaient été entamées à ce sujet, sans que les Boliviens et les Brésiliens soient parvenus à un accord. "A aucun moment de nos négociations, il y a eu un signe quelconque annonçant un décret aussi dur, a admis le président de Petrobras, José Sergio Gabrielli. Nos avocats vont tenter de clarifier le sens de ce décret, et Petrobras prendra toutes les mesures nécessaires pour assurer ses droits, à tous les niveaux." Parmi les "détails qui ne sont pas encore définis", selon M. Gabrielli, figure la commercialisation, désormais assumée par YPFB. Le président de Petrobras estime que M. Morales a "adopté des mesures unilatérales, de manière inamicale". Avec un investissement de 1,5 milliard de dollars en dix ans (1,19 milliard d'euros), Petrobras assure 20 % du produit intérieur brut (PIB) bolivien.

De leur côté, les autorités espagnoles ont exprimé leur "profonde préoccupation". Le gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero "espère que le délai de 180 jours donné par le président bolivien aux compagnies étrangères pour régulariser leurs contrats d'exploitation actuels ouvrira un processus de négociation et de dialogue véritable, et que tous les intérêts seront respectés". M. Zapatero "suivra de près la situation en Bolivie et travaillera auprès d'autres gouvernements impliqués pour trouver une solution satisfaisante pour toutes les parties", ajoute le communiqué.

A La Paz, des queues se sont formées devant les stations-service dès lundi, en prévision d'une crise d'approvisionnement. Le dirigeant de la Centrale ouvrière bolivienne (COB), Jaime Solares, a critiqué le "show de Morales" et "une nationalisation à moitié", qui ne prévoit "ni confiscation ni expropriation".

La Bolivie a-t-elle choisi son camp parmi les deux gauches qui se disputent les faveurs des électeurs latino-américains, l'une populiste, l'autre réformiste ? Samedi, à La Havane, M. Morales avait signé un "traité commercial des peuples" avec son homologue vénézuélien, Hugo Chavez, et le dirigeant cubain, Fidel Castro, conçu comme une alternative aux traités de libre-échange avec les Etats-Unis.

"Maintenant, nous sommes trois à défendre le peuple latino-américain", a lancé le président bolivien. "Il faut refonder la CAN (Communauté andine des nations), estime M. Morales. Nous avons même pensé au nom de Communauté anti-impérialiste des nations."

, a lancé le président bolivien. (Communauté andine des nations), estime M. Morales. Nous avons même pensé au nom de Communauté anti-impérialiste des nations."

Paulo A. Paranagua

 

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Publié dans prs50

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